Saviez-vous que 20 à 25 % de la population présente une hypersensibilité ? Vous ? Votre conjoint ? Votre enfant ? … Il est très probable que vous ayez dans votre entourage des personnes hypersensibles, sans nécessairement le savoir. Peut-être des personnes que vous avez du mal à comprendre. Ou dont les réactions vous semblent parfois disproportionnées, intenses, difficiles à suivre. Reconnaître ce que vit une personne hypersensible, c’est ce qui permet d’être là pour elle. Et c’est souvent ce changement de regard, ce moment où l’on cesse de chercher à corriger pour commencer à comprendre, qui transforme une relation.
L’ESSENTIEL À RETENIR :
- L’hypersensibilité touche 20 à 25 % de la population : c’est une caractéristique neurologique, pas une faiblesse.
- Une personne hypersensible vit ses émotions de façon amplifiée et absorbe facilement celles des autres.
- L’hypersensibilité ne se soigne pas, mais s’accompagne : avec les bons repères, elle peut devenir une véritable force.
- Vivre avec un proche hypersensible repose sur trois piliers : écoute active, communication bienveillante, acceptation des moments de repli.
- Haut potentiel et hypersensibilité sont fréquemment associés, mais restent deux réalités distinctes.
L’hypersensibilité, qu’est-ce que c’est ?
L’hypersensibilité peut se manifester sous plusieurs formes. On distingue l’hyperesthésie, une grande sensibilité des sens (ouïe, vue, odorat, toucher) de l’hypersensibilité émotionnelle, sur laquelle nous nous concentrons ici.
Une personne hypersensible vit ses émotions de façon exacerbée et difficile à réguler. Ce n’est pas une question de volonté, ni de fragilité, mais un mode de fonctionnement neurologique. Les relations, qu’elles soient amoureuses, amicales, familiales ou professionnelles, peuvent en être colorées, parfois compliquées, surtout lorsque l’autre n’a pas ce même rapport intense aux émotions.
J’observe souvent en cabinet que l’hypersensibilité est encore trop fréquemment perçue comme un défaut à corriger. Or c’est tout le contraire : c’est une sensibilité à apprivoiser, une force qui n’a pas encore trouvé son langage.
Si vous vous retrouvez dans cette description, ou si elle évoque quelqu’un de votre entourage, il peut être précieux d’en parler avec une personne formée à l’accompagnement de l’hypersensibilité. Il l’aidera à mettre des mots sur ce qu’il vit et à mieux s’y retrouver au quotidien. La recherche en psychiatrie et en neurologie documente aujourd’hui de façon sérieuse ces profils, ce qui nous permet, en tant que thérapeutes, de mieux accompagner et de mieux outiller ceux qui les côtoient.
Comment reconnaître l’hypersensibilité chez quelqu’un, ou chez soi ?
Une personne hypersensible se reconnaît à plusieurs traits, souvent présents simultanément :
- Une tendance à valoriser les autres avant soi, parfois au détriment de ses propres besoins. La générosité est sincère mais elle peut s’épuiser si elle n’est pas nourrie en retour.
- Une grande exigence envers elle-même. L’hypersensible s’applique un standard à elle-même, bien souvent au-delà de ce qu’elle attendrait des autres.
- Une empathie qui absorbe tout. Les hypersensibles ressentent les émotions de leur entourage comme si elles étaient les leurs. Une tension dans la pièce, une tristesse non dite, une atmosphère lourde… leur corps comprend, avant même que le mental ait eu le temps d’analyser.
- Un cerveau qui ne s’arrête jamais. Questionnements récurrents, besoin de comprendre, d’aller au fond des choses. Rien n’est laissé au hasard, tout est traité, soupesé, revisité.
- Des émotions vécues en grand. Tristesse, colère, joie, frustration… tout est amplifié. Ce n’est pas de l’exagération. C’est une intensité qui ne se choisit pas.
- Une fatigue émotionnelle profonde. Les vagues successives d’émotions et de stimulations épuisent rapidement. Ce que d’autres traversent sans y penser peut représenter, pour une personne hypersensible, un effort considérable.
- Un terrain favorable à l’addiction (internet, écrans, nourriture, alcool, café, tabac…), qui traduisent souvent des tentatives du corps pour trouver un apaisement, une régulation, un souffle.
L’hypersensibilité n’est pas une maladie et ne se soigne pas. Elle s’apprivoise, s’accompagne et avec les bons repères, elle peut devenir une ressource précieuse, pour soi comme pour les autres.
Comment vivre avec une personne hypersensible ?
Que vous partagiez votre quotidien avec un enfant hypersensible, un adolescent ou un partenaire hypersensible, la première chose à faire est à la fois simple et exigeante : essayez de vous mettre à sa place, pour comprendre d’où vient ce que vous percevez parfois comme une réaction excessive.
Car oui, chez un hypersensible les larmes peuvent venir vite, et en abondance, pour des raisons qui vous semblent anodines. Grand empathe, il absorbe les émotions de son entourage et les ressent comme si elles étaient les siennes. Il est doté d’une perméabilité émotionnelle que le corps ne peut pas mettre en veille.
Ces personnes ont aussi tendance à se dévaloriser facilement et à analyser chaque situation jusqu’au bout, à revenir sur les mots longtemps après qu’ils ont été dits. Chaque mot peut peser lourd, bien plus lourd que vous ne l’imaginez. En contrepartie, elles aiment profondément, s’investissent pleinement, et ne connaissent pas la demi-mesure.
Si certaines réactions vous paraissent disproportionnées, je vous invite à les accueillir différemment : elles sont l’expression d’une souffrance plus profonde, pas d’une volonté de dramatiser. Les mots “tu exagères” ou “tu sur-réagis” ne feront qu’aggraver les choses et creuser un peu plus la distance.
Le dialogue est la clé. Creuser, discuter, tenir compte de la sensibilité de l’autre sans vous oublier pour autant. Les non-dits s’accumulent, les rancœurs finissent toujours par peser. Mieux vaut débloquer les situations à chaud, même maladroitement, que laisser le silence s’installer.
Voici 3 repères que je partage souvent avec les proches d’une personne hypersensible :
- Laissez les émotions exister. Si votre proche pleure devant un film, un livre, une chanson, laissez-le faire. Pas de moquerie, pas de commentaire. Ce moment d’émotion n’appelle pas de solution. Il appelle juste de la présence.
- Choisissez vos mots avec soin. Quand une situation se tend, ralentissez. La pondération dans le ton, dans le choix des mots, peut faire basculer une conversation. Agir ainsi permet de créer les conditions pour que le dialogue reste possible.
- Accueillez les moments de repli. Une personne hypersensible a besoin de solitude et de calme pour se ressourcer. C’est une nécessité, pas un caprice. Ne le vivez pas comme un rejet. C’est souvent dans ces moments de retrait que le corps se régule, que le souffle revient. Et c’est apaisée qu’elle reviendra vers vous.
Être haut potentiel intellectuel et hypersensible : quel lien ?
On entend souvent parler de “zèbre”, de “surdoué”, de “haut potentiel” ou d’”atypique”. Ces mots désignent globalement la même réalité, même si certaines personnes préfèrent les formulations moins connotées.
J’observe souvent dans mon cabinet à Paris que hypersensibilité et HPI sont régulièrement confondues, voire assimilées l’une à l’autre. Pourtant, elles ne se recoupent pas entièrement. Les distinguer, c’est rendre à chacune sa juste place.
| Hypersensibilité | Haut Potentiel Intellectuel (HPI) | |
|---|---|---|
| Définition | Intensité accrue dans la perception et le traitement des émotions et des stimuli | Fonctionnement cognitif particulier, caractérisé par une pensée en arborescence et une grande rapidité de traitement |
| Fréquence | 20 à 25 % de la population | Environ 2 % de la population |
| Lien entre les deux | On peut être hypersensible sans être HP | Être HP est presque toujours associé à une hypersensibilité |
| Diagnostic | Pas de diagnostic médical formel | Bilan neuropsychologique |
| Ce que ce n’est pas | Une maladie, une faiblesse | Un privilège, une garantie de réussite |
Être hypersensible ne signifie donc pas nécessairement être à haut potentiel. Mais le lien entre les deux est documenté : Elaine Aron, chercheuse américaine à l’origine du concept de Highly Sensitive Person, a elle-même exploré cette question. Des études menées en 2015 et 2018 par Rianne van de Ven vont dans le même sens : entre 77 et 87 % des adultes à haut potentiel présentent également un profil hypersensible.
On dit souvent qu’Albert Einstein était hypersensible et à haut potentiel, ce qui, à défaut d’être cliniquement vérifiable, a au moins le mérite de nous rappeler qu’une grande sensibilité et une grande intelligence ne s’excluent pas. Elles se nourrissent, souvent, l’une de l’autre.
Être à haut potentiel n’implique pas non plus des difficultés scolaires ou un isolement social. Beaucoup de personnes HPI s’épanouissent pleinement dans leur vie professionnelle et relationnelle, tout en vivant avec une sensibilité qui colore leur rapport au monde.
Que vous vous reconnaissiez dans le profil hypersensible, dans le profil HP, ou dans les deux à la fois, je vous invite à ne pas avoir peur de laisser voir ce que vous ressentez. Ce que vous pensiez être une vulnérabilité laissera petit à petit, la place à une force insoupçonnée.
Si vous souhaitez explorer cette question pour vous-même ou pour un proche, un bilan neuropsychologique réalisé par un professionnel reste la démarche la plus rigoureuse pour évaluer le QI. Et si vous souhaitez commencer par tester votre hypersensibilité, un quiz est disponible sur ma page d’accueil : Réaliser le quiz “Êtes-vous hypersensible ?”
Vivre avec un être hypersensible nécessite des compromis et des ajustements au quotidien. Vous devez faire preuve d’une écoute active et instaurer une bonne communication entre vous pour créer des bases solides dans votre relation à l’autre.
SUIVEZ-MOI SUR INSTAGRAM @JOHANNA_DERMI
FAQ pour comprendre l’hypersensibilité
La première chose à faire est de ne pas répondre à l’intensité par l’intensité. Pas de hausser le ton, pas de minimiser, pas de chercher à résoudre immédiatement. Une personne hypersensible a besoin dans ces moments de sentir qu’elle n’est pas jugée. Une présence calme, quelques mots doux, et parfois simplement du silence. Le corps comprend qu’il peut se relâcher et la vague finit par passer.
Ce n’est pas une obligation mais consulter un thérapeute spécialisé en hypersensibilité est souvent un tournant. Beaucoup de personnes hypersensibles ont traversé des années à se demander pourquoi elles réagissaient si fort, pourquoi elles se sentaient si différentes. Mettre des mots sur ce fonctionnement, comprendre ses déclencheurs, apprendre à se réguler permet un accompagnement thérapeutique adapté, pour mieux habiter qui vous êtes.
Oui. Hypersensibilité et haut potentiel sont deux réalités distinctes. On peut très bien être hypersensible sans avoir un profil HP. En revanche, la grande majorité des personnes à haut potentiel sont aussi hypersensibles. L’un n’entraîne pas l’autre, mais les deux coexistent souvent.
L’hypersensibilité ne disparaît pas, mais elle évolue. Avec une meilleure connaissance de soi et un accompagnement adapté, on apprend à reconnaître ses déclencheurs, à accueillir les vagues d’émotion sans en être emporté, et à transformer cette sensibilité en ressource. La sensibilité reste. Mais elle cesse peu à peu d’être un fardeau pour devenir ce qu’elle a toujours été : une force.
Quelques indices sont parlants pour savoir si vous êtes hypersensible :
– vous vous sentez souvent débordé par vos émotions ou celles des autres
– les environnements bruyants ou agités vous épuisent
– vous analysez tout en profondeur
– vous ressentez les choses de façon très intense
Le questionnaire disponible sur ma page d’accueil peut constituer un premier repère utile. Mais pour vraiment comprendre votre fonctionnement et ce que vous pouvez en faire, rien ne remplace un espace d’échange avec un professionnel.




merci
Avec grand plaisir !
super article… j’étais en train de pleurer suite à une conversation avec mon conjoint…qui dit tous les jours que je pleure pour rien…
je suis tombée sur cet article…
Merci
Votre retour me touche profondément. Je suis reconnaissante que mon article ait pu vous apporter du réconfort dans un moment difficile. N’hésitez pas à me contacter si vous avez besoin de soutien supplémentaire.Johanna
Bonjour,
Je me suis disputée hier soir avec mon conjoint qui a beaucoup de mal à comprendre mon hypersensibilité, je ne sais plus quoi faire. Donc je culpabilise énormément, j’ai l’impression qu’il ne supporte pas mes émotions exacerbées, mais c’est plus fort que moi.
Je suis donc tombée sur votre site, qui l’aidera sûrement à mieux me comprendre.
Merci à vous pour toutes ces explications.
Bien à vous
Lola
Merveilleux article, clair et tellement authentique mais alors que faire quand on aime une personne hypersensible ? Les émotions sont tellement décuplées et le ressenti tellement présent au-delà du langage verbal, puis je formuler mon amour ou est ce que les aveux vont provoquer une fuite par trop plein émotionnel ? Nulle part je ne trouve de réponse.
Merci Raphaëlle, pour votre message si sincère. Aimer une personne hypersensible demande de la justesse et de la délicatesse. Oui, les émotions sont amplifiées, mais cela ne veut pas dire qu’il faut taire les vôtres. L’essentiel est de formuler votre amour avec douceur, sans pression, en laissant à l’autre l’espace de recevoir à son rythme. Bien cordialement, Johanna Dermi
hypersensible depuis toujours, mes relations avec mes congénères et mes proches sont très compliqués dans voire délétères. je sens comme dans un bocal où je n’ai rien a faire. Plusieurs ts, hospitalisations, consultations psychiatriques plus psychothérapies plus ou moins médicamenteuse et rien n’y fait, le monde des humains en terme de fonctionnement global et individuelle me repulse. résultat, anti dépresseurs et anxiolytiques prescrits non pas pour changer le monde et les gens, l’enfer donc, mais faire en sorte de vivre avec. Vol au dessus d’un de coucou en live…
Merci pour votre partage, Philippe. Vos mots disent avec force la solitude et l’incompréhension que peuvent vivre les personnes hypersensibles. Je vous souhaite de trouver, malgré tout, des espaces où vous vous sentiez pleinement accueilli, sans masque.Bien cordialement, Johanna Dermi
Bonsoir, merci pour votre article. Notre fille aînée de 7 ans est dans l’hypersensibilité et hyper-empathie. Et ça c’est vraiment pas facile tous les jours à gérer…ou devrais-je dire les nuits. Elle fait beaucoup de crise d’angoisse et ça n’est pas toujours facile de désamorcer la situation. Votre article aide bien à comprendre certaines situations. Bonne soirée
Je vous remercie pour votre partage, il me touche.
Votre fille vit des émotions intenses et vous cherchez déjà à l’aider, c’est précieux.
Si vous souhaitez un éclairage personnalisé, je propose un rendez-vous Découverte en zoom.
Vous pouvez aussi vous abonner à ma newsletter sur mon site et me suivre sur Instagram.